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La RDC Vers une Réforme Éducative : Rééquilibrer Civisme et Morale dans les Programmes Scolaires: Un consortium d’experts se mobilise pour repenser l’Éducation Civique et Morale

Par l’Équipe éditoriale du CRFEA – Publié le 4 mai 2025

Le samedi 3 mai 2025, une réunion historique s’est tenue à l’Université de Kinshasa, orchestrée par le Centre de Recherche et de Formation en Éthique Appliquée (CRFEA). Sous la direction du Professeur Munday Mulopo Félicien, des acteurs clés du système éducatif congolais – universités, écoles maternelles, primaires et secondaires – se sont rassemblés pour un objectif commun : réviser le programme national d’Éducation Civique et Morale (ECM). Ce dernier, jugé déséquilibré et inadapté aux défis sociétaux, fait l’objet d’une critique unanime.

Un déséquilibre aux conséquences profondes

Le Professeur Munday Mulopo a ouvert les débats en dénonçant un déséquilibre structurel : 80 % du programme actuel est consacré au civisme (droits, devoirs, institutions), contre seulement 20 % à la morale (valeurs, éthique, responsabilité individuelle). Pour lui, ce ratio compromet la formation de citoyens épanouis. « La morale est le socle du civisme. Sans fondation éthique, comment espérer des comportements responsables ? », a-t-il martelé. Les participants ont plaidé pour un équilibre 50/50, insistant sur la nécessité d’ancrer les valeurs morales dès le plus jeune âge.

Une génération sacrifiée : l’urgence d’agir

Un constat alarmant a été partagé : les jeunes de 20 à 21 ans, scolarisés dès 2011 sous le programme actuel, illustrent les lacunes du système. Beaucoup ont sombré dans la délinquance urbaine, surnommée « Kuluna ». Ce phénomène révèle, selon les experts, un échec à transmettre des valeurs pérennes. « L’école ne doit pas seulement instruire, elle doit éduquer », a souligné un participant, appelant à intégrer l’éthique dès la maternelle, à travers des activités ludiques et adaptées.

Le système ORGAMAT : une fraude qui corrompt l’éducation

Parmi les sujets brûlants, le système ORGAMAT a été vivement condamné. Cette pratique, qui consiste à préparer les évaluations à l’avance pour les élèves, est qualifiée de « fraude institutionnalisée ». Elle annule tout effort personnel et sape la notion de mérite. « Comment former des citoyens intègres si l’école elle-même bafoue l’éthique ? », s’est insurgé un chercheur. Son abolition est désormais une priorité pour restaurer la crédibilité du système éducatif.

Des inspirations internationales pour repenser l’ECM

Joseph Mumbakani Lukombo, chercheur au CRFEA, a présenté des études comparatives avec des pays comme la France, la Suisse ou le Burkina Faso. Ces nations ont réformé leurs programmes en plaçant la morale au cœur de l’éducation civique. La France, par exemple, a rebaptisé son cours « Éducation Morale et Civique » (EMC), tandis que le Burkina Faso a intégré des références culturelles locales. Ces modèles, combinant théorie et pratique, servent désormais de feuille de route pour la RDC.

Mobilisation des institutions et prochaines étapes

L’Université Saint Augustin de Limete, représentée par le Doyen Okey Willy et la Professeure Verro Lundolo, a apporté son soutien aux propositions. Des groupes de travail ont été constitués pour adapter le programme par niveau scolaire : initiation aux valeurs par le jeu en maternelle, intégration de l’éthique dans le quotidien au primaire, et débats sur des enjeux sociétaux (environnement, corruption) au secondaire. La prochaine réunion, prévue le 10 mai 2025, se concentrera sur le renforcement des équipes pédagogiques et la validation d’un manuel révisé, contextualisé et axé sur l’éthique congolaise.

Deux objectifs clés pour une réforme transformative

À l’issue des échanges, le consortium a validé deux missions prioritaires : rééquilibrer le programme (50 % morale, 50 % civisme) et publier un manuel actualisé, aligné sur les réalités sociales de la RDC. Ces mesures visent à former des citoyens conscients, capables de penser de manière critique et d’agir avec intégrité.

Conclusion : Redonner un sens à l’éducation
Cette initiative, portée par le CRFEA et ses partenaires, marque un tournant dans l’éducation congolaise. En replaçant la morale au centre des apprentissages, elle aspire à bâtir une société où le civisme ne sera plus un concept abstrait, mais un héritage partagé. Le prochain rendez-vous, le 10 mai, déterminera les premières étapes concrètes de cette ambition.

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